2. La maladie

Une pandémie concerne une maladie ou un groupe de maladies. La démarche de bon sens devrait être d'abord de diagnostiquer épidémiologiquement une augmentation significative de la morbidité et de la mortalité présentant des symptômes similaires. Il faut donc trouver un ensemble de similitudes entre les cas suspects, ainsi que des différences avec d'autres problèmes de santé dont le comportement est suffisamment connu. Cela demande du temps étant donné la multitude de maladies, dont les symptômes se chevauchent souvent. L'humanité étant si variée, le même schéma exact n'est pas reproduit d'un individu à l'autre. Il convient de faire preuve de prudence et non de précipitation.

En ce qui concerne la supposée pandémie actuelle, il semble que ce soit l'inverse qui se soit produit. En effet, une poignée de cas étudiés médicalement, dont les symptômes, comme on le verra, sont à peine différenciables de ceux de toute une série de maladies connues, ont donné lieu à la déclaration d'une nouvelle maladie et à des études épidémiologiques basées sur une simulation informatique et non sur des données réelles, puisqu'aucune pandémie ne s'était encore produite. Il semble donc que les procédures aient manqué de logique dès le début, bien qu'elles soient conformes aux définitions plus récentes de la pandémie données tant par l'OMS que par le Dictionaire d'épidemiologie, qui n'exigent respectivement qu'un ou deux cas lorsqu'on pense que les populations ne possèdent pas d'immunité.[1] Elles sont également conformes à l'esprit de la version révisée de 2005 du Règlement sanitaire international signée par 196 pays et du "Interim Pre-pandemic planning guidance" du CDC de 2007, légitimant légalement des mesures en situation pré-pandémique, c'est-à-dire à tout moment, puisque tout moment est descriptible comme tel.[2]

Nonobstant cette absence de logique, qu'est-ce qui a conduit le Dr Zhang Jixian, le premier médecin à émettre l'hypothèse d'une nouvelle maladie,[3] à demander les CT Scans d'un couple âgé venu à l'hôpital avec de la fièvre et de la toux ?

Les "signes et symptômes cliniques" - les seules indications possibles d'une maladie inconnue jusqu'alors - mentionnés dans l'article qu'elle a ensuite cosigné peuvent en effet tous être attribués à une pneumonie ou à un certain nombre d'affections pulmonaires, voire à la grippe, et sont donc courants. Car il s'agit principalement de "fièvre, avec quelques patients ayant des difficultés à respirer",[4] même le symptôme de perte de goût ajouté plus tard peut être dû à de multiples maladies, y compris le rhume.[5] Beaucoup semblent convaincus que la perte de goût qu'ils ont pu subir depuis l'année dernière est sans précédent. Dans le passé, se sont-ils jamais concentrés sur ce symptôme particulier, ou est-ce l'insistance actuelle qui les a poussés à le faire ?

Selon la clinique Mayo, les analyses de sang et les radiographies font partie des outils habituels utilisés pour diagnostiquer une pneumonie, un scanner pouvant être recommandé uniquement si elle persiste plus longtemps que "prévu",[6] ce qui n'était pas le cas. En outre, on sait que les pneumonies acquises dans la communauté (PAC), c'est-à-dire développées en dehors de l'hôpital, touchent particulièrement les personnes âgées de plus de 80 ans.[7]

La PAC est l'une des infections les plus courantes et l'une des principales causes de décès dans le monde. Le taux de mortalité des personnes hospitalisées peut être supérieur à 20 %, alors que le taux de mortalité des 41 des 44 patients hospitalisés n'était que d'environ 15 %.[8] La pneumonie est aussi depuis longtemps la raison infectieuse la plus fréquente de l'admission en USI (unité de soins intensifs), ainsi que l'infection secondaire la plus courante acquise en USI. Cela implique notamment que l'état d'un patient présentant des symptômes de pneumonie admis en USI peut s'aggraver. Plus généralement, l'infection des voies respiratoires inférieures (IVRI), qui se compose principalement de la PAC, est "l'un des principaux problèmes de santé mondiaux et figure parmi les 10 premières causes de décès dans le monde. On estime qu' en 2017, 0,47 milliard de personnes ont développé une IVRL, et 2,56 millions de personnes en sont mortes."[9] En outre, la pneumonie n'est pas la seule maladie pulmonaire dont la prévalence et la gravité sont élevées. À ce moment et tout au long de l'hiver, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), a été la troisième cause de mortalité en Chine.[10] Selon CNN, en juin et juillet 2019, , Wuhan a été le théâtre de manifestations concernant la qualité de l'air et la pollution endémique.[11]

Plusieurs articles laissent entendre que le Dr Zhang Jixian s'inquiétait que le couple présentait les mêmes symptômes. Mais est-ce si inhabituel pour deux personnes, notamment âgées, qui partagent le même toit et donc le même mode de vie, le même régime alimentaire, pendant des décennies, surtout dans des conditions polluées ?

Le niveau de "PM2.5 (particules de moins de 2,5 micromètres de diamètre) qui peuvent pénétrer profondément dans les poumons, irriter et corroder la paroi alvéolaire, et par conséquent altérer la fonction pulmonaire"[12] était excessivement élevée à Wuhan en décembre 2019, variant entre 140 et 250 μg/3, au-delà de 162 pendant la majeure partie du mois, et au-delà de 150 pendant la majeure partie de janvier 2020.[13] A ces niveaux, on considère que cela entraîne : " Une aggravation importante des maladies cardiaques ou pulmonaires et une mortalité prématurée chez les personnes souffrant de maladies cardio-pulmonaires et les personnes âgées ; une augmentation importante des effets respiratoires dans la population générale ", un niveau sans risque étant estimé à moins de 12.[14] En comparaison, les niveaux de PM2,5 à Pékin pour cette période sont dans l'ensemble restés bien inférieurs à 100.[15] La pollution de l'air est connue pour provoquer à la fois des pneumonies et des BPCO, en particulier en cas d'exposition prolongée, et donc pour prédisposer les personnes âgées.

Le Dr Jixian a-t-elle réagi de manière excessive en raison de son "expérience lors de l'épidémie de SRAS en 2003"[16] et de sa conviction qu'il s'agissait d'une maladie hautement contagieuse due à des virus franchissant les barrières entre espèces, une thèse fortement popularisée depuis plusieurs années ? Nous reviendrons plus tard sur la validité de ses convictions.

Les scans pulmonaires semblent avoir confirmé ses soupçons et avoir convaincu ses supérieurs. Ils montrent des "lésions invasives des deux poumons",[17] mais les opacités cornéennes observées ne sont pas les marqueurs d'une maladie ou d'un agent pathogène spécifique. Il s'agit d'observations non spécifiques "dont l'étiologie [la cause] est large, incluant l'infection, la maladie interstitielle chronique et la maladie alvéolaire aiguë."[18] En d'autres termes, les scans ne suggèrent pas une maladie inconnue. Les lésions pourraient être dues à une pneumonie ou plus généralement à une maladie respiratoire connue, ou encore à une comorbidité.

Quoi qu'il en soit, le 31 décembre 2019, sur la base de l'observation de 44 patients à Wuhan, dont 11 étaient dans un état grave, et 33 stables,[19] "le bureau de l'OMS en Chine a été informé de cas de pneumonie d'étiologie inconnue (cause inconnue) détectés à Wuhan".[20] En d'autres termes, plutôt que de rechercher les causes d'un événement, dont on sait qu'il s'est produit et qui est bien décrit, c'est devenu dès le départ une recherche de la cause inconnue d'un événement, ici une maladie, sans en avoir établie la manifestation.

En effet, ce n'est qu'une fois l'apparition d'une maladie spécifique confirmée que la question de son évolution peut être étudiée et discutée. Il faut ensuite évaluer ses causes, notamment si elle est contagieuse ou la conséquence des conditions environnementales et de vie. Outre le temps nécessaire pour parvenir à des conclusions raisonnables, son comportement peut varier d'une année à l'autre et d'un endroit à l'autre, ce qui compromet encore davantage la caractérisation d'une pandémie. Mais l'apparition d'une nouvelle maladie elle-même n'a pas été confirmée de manière satisfaisante.

Même dans les meilleures circonstances, la causalité est extrêmement difficile à établir étant donné la complexité des phénomènes naturels, mais là cela semble au-delà de toute logique.

  1. https://urmieray.com/whats-in-a-name/
  2. https://urmieray.com/final-prepartions/
  3. http://jnm.snmjournals.org/content/61/6/782.full.pdf+html
  4. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30183-5/fulltext
  5. https://www.healthline.com/health/anosmia#causes
  6. https://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/pneumonia/diagnosis-treatment/drc-20354210
  7. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0264410X20314286
  8. Ibid.
  9. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0264410X20314286
  10. https://www.brookings.edu/blog/future-development/2020/03/23/a-mortality-perspective-on-covid-19-time-location-and-age/
  11. https://edition.cnn.com/2019/07/10/asia/china-wuhan-pollution-problems-intl-hnk/index.html
  12. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4740125/
  13. https://aqicn.org/city/wuhan/
  14. https://blissair.com/what-is-pm-2-5.htm
  15. https://aqicn.org/city/beijing/
  16. http://jnm.snmjournals.org/content/61/6/782.full.pdf+html
  17. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30183-5/fulltext
  18. https://radiopaedia.org/articles/ground-glass-opacification-3?lang=gb
  19. Ibid.
  20. https://www.who.int/csr/don/05-january-2020-pneumonia-of-unkown-cause-china/en/