1. La démocratie comme moyen pour faciliter la maximisation du profit

En 1905, l'État français a adopté une loi qui, tout en garantissant la liberté de conscience et de pratique religieuse, a mis fin à tout financement public des églises. Il s'agit là d'un principe fondamental. Dans une démocratie, un groupe d'intérêt non élu doit certes avoir le droit de participer ouvertement aux débats de société et d'exprimer ses opinions, mais doit rester totalement séparé afin que les intérêts publics ne soient pas assimilés à ceux d'une petite cabale. En France, l'État laïque a émergé en opposition à l'Église catholique, à laquelle il a arraché le pouvoir au terme d'une longue lutte. Plus que toute autre nation, elle était donc consciente des enjeux de l'intégration des autorités religieuses dans la structure de l'État. Toutefois, cette lucidité n'a pas pas généralisée au secteur privé axé sur le profit.

En fait, les démocraties modernes sont apparues lorsqu'elles sont devenues propices à la transformation du capitalisme marchand en capitalisme financier, inévitable dans une optique de maximisation du profit si elle n'est pas endiguée. La voie vers la concentration de la richesse avait été préalablement rendue possible par les lois sur les brevets, mais l'optique terrienne des monarchies et des oligarchies était devenue un obstacle à l'abstraction de l'économie. L'émergence des démocraties fondées sur la règle de la majorité est autant, voire davantage, liée avec des exigences capitalistes qu'avec des préoccupations idéalistes. Les démocraties imprégnées d'une trop grande ignorance et fondées sur le suffrage universel sont le système politique le plus propice à une minorité amorphe, en grande partie anonyme, aux visées oligarchiques, qui n'a de comptes à rendre à aucune autorité, qu'il s'agisse de celle d'un monarque ou de celle du peuple. Elle peut, en toute impunité, exercer un pouvoir bien plus grand et jouir de bien plus de richesses que ne le feraient des monarques, des seigneurs féodaux ou des dictateurs. Car contrairement à eux, elle peut le faire en s'associant à des structures publiques, élues et administratives et en manipulant, avec le soutien d'une partie importante du peuple, donc en conservant non pas l'esprit mais le squelette de la démocratie - un semblant de liberté. En effet, dès le début, la propagande a été utilisée pour envoyer une génération entière se faire massacrer sur les champs de bataille au nom du profit. Aucune tentative de mettre fin à cette tuerie insensée n'a abouti ; les pacifistes ont été raillés et même emprisonnés ; mais à la demande de l'industrie, le bassin de Briey, dans l'est de la France, en plein milieu de la région où la guerre faisait rage, a été laissé en paix pendant la durée du conflit.

Ainsi, dès le début, des politiques publiques touchant profondément la vie de chaque citoyen, justifiées comme étant les souhaits de la majorité incarnée par ses représentants élus, ont en fait trop souvent été élaborées au nom d'intérêts privés à but lucratif. Ceux-ci ne sont cependant pas attachés à la démocratie. Partout où des forces ont menacé leur survivance, des régimes totalitaires plus favorables ont été mises en place.[1]

Le Troisième Reich est bien connu pour son ingénierie sociale visant à inculquer au peuple la notion d'une société fondée sur ce qu'il considérait comme des caractéristiques raciales.[2] Pour cela, la psychologie a été professionnalisée et appliquée systématiquement.[3] En premier lieu, l'instauration d'un régime répressif a été facilité une aliénation naissante, accélérée par la doctrine de Taylor réduisant les travailleurs à des mécaniques ou, du moins, faisait de la comparaison entre travailleurs et machines un sujet acceptable de discussion sérieuse.

 

  1. Preparata, G. C. Conjuring Hitler: How Britain and America made the Third Reich. Oxford: OUP. 2005.
  2. Steber, M. and B. Gotto. (Eds). Visions of Community in Nazi Germany: Social engineering & private lives. Oxford: OUP. 2014.
  3. Geuter, W. 1992. The Professionalization of Psychology in Nazi Germany. Trans: Richard J. Holmes. Cambridge: Cambridge Universiy Press.