1. Aucune pandémie numériquement détectable en 2020

En ce qui concerne les données numériques, il faut rester extrêmement prudent. Les chiffres en eux-mêmes n'ont pas de sens. Ce qui compte, c'est leur interprétation. En particulier, les modèles mathématiques sont réductifs. Considérer les données "covid" est inapproprié en raison de l'identification peu claire de la maladie et de l'absence de signification des tests, dont le nombre de résultats positifs dépend du nombre de cycles, ce nombre n'étant généralement pas connu et variant apparemment selon le pays, mais aussi selon l'organisme qui les effectue. Dès lors, seule la mortalité toutes causes confondues peut fournir une certaine information.

En gardant cela à l'esprit, considérons les données hebdomadaires de mortalité par groupe d'âge pour la plupart des pays européens dans les bases de données Eurostat[1] et du British Office of National Statistics (ONS). On compare la mortalité en 2020 avec celle de 2015, cette dernière ayant connu le plus grand nombre de décès après la Seconde Guerre mondiale dans beaucoup de ces pays. Pour ce faire, on subdivise la population en groupes d'âge : 0-19, 20-54, 60-64, 65-74, 75-79, 80-84, 85-89, 90-94, 95-99,+100. Pour chaque classe d'âge, on divise le nombre de décès de 2015 par le nombre d'habitants au 1/1/2015, puis on le multiplie par le nombre d'habitants au 1/1/2020. On obtient ainsi le nombre de décès attendus dans chaque groupe d'âge pour 2020, si le taux de mortalité par habitant pour chaque groupe était le même qu'en 2015. En additionnant, on obtient le nombre total de décès attendus en 2020 en prenant 2015 comme année standard et en tenant compte de la répartition par âge.

On constate que pour le Danemark, l'Allemagne, l'Estonie, la Grèce, la France métropolitaine, la Croatie, Chypre, la Lettonie, Malte, l'Autriche, la Finlande, la Suède, l'Islande et la Norvège, le nombre de décès réels en 2020 est inférieur au nombre de décès attendus, tandis que pour la Lituanie, le Luxembourg et la Slovaquie, la différence est si négligeable qu'elle pourrait être due à une simple erreur statistique. C'est ce qu'illustre le tableau 1 (voir annexe) : il donne la différence entre ce nombre de décès attendus et le nombre réel de décès survenus en 2020 pour 10000 personnes. Plus cette différence est importante (plus elle est positive), plus le nombre réel de décès est élevé par rapport au nombre attendu. Les chiffres ne sont qu'une indication de la façon dont les pays se comparent. En particulier, pour l'Angleterre et le Pays de Galles, les données démographiques trouvées pour 2020 ne permettaient pas de détailler le groupe d'âge des plus de 90 ans, et la comparaison est donc plus approximative. Par ailleurs, la mortalité en 2015 n'était pas nécessairement particulièrement élevée dans tous les pays.

Que le nombre de décès réels en 2020 soit supérieur au nombre de décès attendus peut s'expliquer par une population plus âgée. Ce n'est pas que, proportionnellement, les personnes âgées soient plus mortes qu'en 2015 dans les décès survenus jusqu'à présent, bien au contraire : la proportion de décès parmi les personnes âgées est moindre, comme le montre la comparaison des nombres attendus et des nombres réels de décès pour les différents groupes d'âge. C'est simplement que leur nombre a très largement augmenté.

Notons qu'à l'exception de la France et de l'Autriche, cette liste découle également de la table des taux de mortalité relatifs cumulés standardisés sur l'âge (rcASMR) pour les pays européens donnée par l'ONS.[2] Ce tableau donne la mesure dans laquelle, à chaque semaine, la mortalité cumulée diffère du taux de mortalité annuel moyen standardisé en fonction de l'âge en 2015-2019. Pour la France et l'Autriche, l'année 2015 a connu beaucoup plus de décès que les années suivantes, et donc la comparaison avec la moyenne les exclut.

Pour Malte, l'Islande et la Norvège, la mortalité en 2020 était inférieure à celle de 2015, pour l'Angleterre et le Pays de Galles,[3] pour chaque année antérieure à 2003 (incluse), pour le Luxembourg,[4] pour toutes les années antérieures à 2007 (incluse) jusqu'à 1960 au moins. Pour le Danemark,[5] la Lettonie, et le Norvège, la mortalité au cours des 52 premières semaines de 2020 était également plus faible que pour les 52 semaines de 2018. En d'autres termes, pour ces pays, même sans tenir compte de la répartition par âge, l'augmentation de la population suffit à expliquer le nombre plus élevé de décès en 2020.

Il faut ajouter à cela que pour la Belgique[6] ainsi que pour l'Angleterre et le Pays de Galles[7] le taux de mortalité standardisé en fonction de l'âge pour 2020 est également inférieur à toutes les années antérieures à 2008 incluses. En fait, en refaisant le calcul ci-dessus prenant 2008 comme année de référence plutôt que 2015, on constate que chaque pays considéré a eu moins de décès en 2020 que le nombre prévu, sauf deux : la Bulgarie et la Roumanie qui, comme le montre le tableau 1, ont eu le pire nombre de décès par rapport à 2015. L'examen de l'évolution de leur mortalité révèle que, pour la première, elle augmente régulièrement depuis 1960,[8] et pour la seconde depuis 1970,[9] avec parfois de courtes baisses temporaires, les fluctuations étant plus importantes pour la seconde. L'augmentation de 2020 ne peut donc en aucun cas être attribuée à une pandémie, d'autant plus que la mortalité de 2020 pour les pays voisins n'était pas pire que celle de nombreuses années récentes.

En conclusion, quelle que soit l'interprétation des données, la mortalité en 2020 n'est pas inédite en Europe au cours de ce siècle.

Cela confirme qu'il n'y a pas eu de pandémie en 2020, une conclusion corroborée par le fait qu'à l'exception des pays où la population a diminué ces dernières années, ainsi que de l'Allemagne, la population a augmenté partout ailleurs au cours de l'année. Dans le cas d'une pandémie d'une gravité perceptible, elle diminuerait fortement (au-delà de toute diminution régulière dans les pays où ce phénomène se produit depuis quelques années). Dans le cas de l'Allemagne, étant donné qu'il n'y a pas de diminution chez ses voisins, sauf dans le cadre d'une tendance remontant à plusieurs années, les raisons ne sont pas dues à une pandémie, mais peut-être bien aux mesures prises.

 

 

 

  1. https://ec.europa.eu/eurostat/data/database
  2. https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/birthsdeathsandmarriages/deaths/datasets/comparisonsofallcausemortalitybetweeneuropeancountriesandregions
  3. https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/birthsdeathsandmarriages/deaths/adhocs/12735annualdeathsandmortalityrates1938to2020provisional
  4. https://data.worldbank.org/indicator/SP.DYN.CDRT.IN?end=2019&locations=LU&start=1960
  5. https://www.dst.dk/en/Statistik/emner/befolkning-og-valg/doedsfald-og-middellevetid/doedsfald
  6. https://www.belgiqueenbonnesante.be/fr/etat-de-sante/mortalite-et-causes-de-deces/mortalite-generale
  7. https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/birthsdeathsandmarriages/deaths/adhocs/12735annualdeathsandmortalityrates1938to2020provisional
  8. https://data.worldbank.org/indicator/SP.DYN.CDRT.IN?end=2019&locations=BG&start=1960
  9. https://data.worldbank.org/indicator/SP.DYN.CDRT.IN?end=2019&locations=RO&start=1960